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1 juin 2013

Ubiquité

Où valait-il mieux être en ce premier jour de juin? 
À Madrid pour vibrer aux âpres combats des toros de Cuadri 
ou à Cordoue et se laisser embarquer 
par les sortilèges de Morante? 
La violente Castille ou la magique Andalousie? 
La caste ou la noblesse? 
Les gladiateurs ou les sorciers?
Ah! le tour d'honneur de la cuadrilla de Castaño!
Ah! l'intense langueur de la muleta de Morante!
Au même instant où mon cœur rêve à la cité des Califes
il penche tellement vers la tragique tension madrilène!
Je refuse de choisir et me partage en deux!


29 mai 2013

Bug (bis)


Vu l'affligeante jandillade madrilène du jour, 
retournons à nos moutons.



27 mai 2013

Bug.

Y a pas à dire, un mois de corrida c'est long. 
Un peu ras-le-bol du madrilène cornu quotidien. 
C'est comme le festival d'Avignon: 
une semaine c'est bon, au delà, bonjour le reflux...

Dépaysement.


Ça fait du bien!

25 mai 2013

L'allonge de Talavante

Pour n'avoir pas vu la corrida d'hier à Madrid, je n'en dirai rien.
Un détail cependant: Talavante était sorti à genoux de sa victorinade; hier il a franchi la Puerta Grande allongé dans les bras de ses supporters. Décidément ce garçon a bien du mal à sortir debout des arènes de Madrid...


22 mai 2013

"Je reviens"

Fandiño était venu à Las Ventas pour se la jouer, dans le style "ça passe ou ça casse".
Ce qu'il a réalisé à son premier toro de Parladé est grand. Un toro brave plutôt violent, répétant fort, avec une tête en liberté, indisciplinée et chercheuse, et, lui, le torero, ne perdant pas un pouce de terrain, consentant le rythme soutenu des charges, les embarquant, malgré l'incertain ballet des cornes. Un superbe moment de tauromachie puissante et risquée.
Pour faire tomber les deux oreilles, il fallait une grande estocade. Fandiño le savait. Il pincha. 
Quand il se profila à nouveau, personne ne doutait qu'il allait se jeter sur l'échine pour une estocade dont on reparlerait encore dans dix ans. 
Moins d'une minute plus tard, il entrait dans l'infirmerie, la cuisse transpercée de part en part.
Quand il en sortit sur un brancard, direction la clinique, réveillé de l'anesthésie, il eut le temps de faire signe à la caméra que tout allait bien, pouce dressé. Comme pour dire: "Rien de grave, je reviens.". C'est plus que certain, Fandiño n'en a pas fini. La Puerta Grande l'attend.


16 mai 2013

Brrrrrrrrrrrrrrrrrr !


Le froid s'abat sur Las Ventas:

les premier rênes ont fait leur apparition!



¡ Los pitones de tu madre !


15 mai 2013

Oreille clean-clean

À las Ventas, la première oreille d'un Alcurrucen est tombée dans l'escarcelle de l'ami Perera, alias Circular Men.
Vous dire que je suis convaincu serait mentir. J'entends dire qu'il a été "important". Je n'ai pas su le voir, sans doute. Tout cela m'a paru bien civilisé, bien poli, nickel-chrome, sans charme et sans relief. Banal.
Le petit Ange Teruel, qui confirmait, a une belle gueule de cinéma. Il m'a fait penser à l'ouverture du festival de Cannes.
Quand à Castella sans matos mais aussi sans envie.
Il faisait froid sur Madrid. Moles claquait des dents, le nez gouttant sur sa cravate. Foutu métier! 
Muñoz, par contre, super à l'aise, comme à la plage. Gracias Thermolactyl!




13 mai 2013

El salon de la Agricultura

Depuis le début de cette San Isidro, c'est à qui aura les plus belles cornes, les plus longues, les plus en pointes. Et les preneurs d'images de Canal+ de se régaler de gros plans boisés et terrifiques!
Ce n'est pas tout. Faut voir les châssis! Du corpulent, du charpenté, du cossu. Des toros, first qualité! 
C'est pas compliqué, on se croirait au salon de l'Agriculture; il ne manque plus que Chirac pour leur claquer le cul!
Sauf que le moteur, que dale! Même pas de la Deux chevaux, du Solex tout juste, et encore dans les côtes! Pas de jus, pas de peps. La tête à hauteur d'horizon, trop crevant de la baisser. Eau de vaisselle et sang de navet.
Et les madrilènes qui roupillent, anesthésiés de fadeur, et pour passer le temps se comptent entre eux comme on compte les moutons.
Les gentils toreros font le possible, ce qui n'est pas grand-chose.
Manolo Moles, qui pense à l'audimat, nous annonce deux semaines de gros cartels, qui vont te relever tout ça, vite fait bien fait. Et Caballero l'écoute sans sourciller, avec l'air de se dire qu'il reste encore trois semaines à s'emmerder.
Et de conclure que les toros c'est comme les melons et qu'il va bien finir par en sortir un bon. Et d'ajouter que les kilos c'est pas tout mais la pêche c'est mieux. Des melons à la pêche, en somme, voilà ce qu'il nous faudrait. Le salon de l'agriculture, quoi!
Demain, on a je ne sais qui devant je ne sais quoi. On verra bien. Sûr qu'on verra de grandes et belles cornes à faire pleurer les œnuques, pour le reste...
Allez, on garde le moral; si on en croit l'affiche de Céret, on pourra toujours se faire une daube.



12 mai 2013

Rangez les pipeaux!

À Las Ventas, Les Escolar ont déçu. 
Robleño fidèle à lui-même et Aguilar en ascension. 
Rafaelillo moins convaincant.
La nuit tombe sur Madrid.


Sur Céret aussi.

Envoyez la sardane !

Cet après-midi à Madrid 
Rafaelillo, Robleño et Alberto Aguilar affrontent 6 Jose Escolar.

On se croirait à Ceret.


11 mai 2013

Madrid sera toujours Madrid!

J'adore regarder la retransmission en direct des corridas de la San Isidro sur Canal+.
 La demi-heure qui précède le paseo 
et le résumé final de la caméra superlenta 
sont de vrais régals. 

Entre les deux, rien à signaler.


15 octobre 2012

Dans l'automne madrilène le temps n'était pas à la fête.


Madrid, samedi 06/10/2012
Corrida de feria de otoño.


Pastel
et pas tel…




Seuls les revendeurs, affolés et rubiconds, s’affolant et affolant le retardataire jusqu’à la taquill n’étaient pas dans la note pastel que le soleil de fin de temporada nous offrait.
Pastel, Sergio Aguilar, tout au long de ses faenas, éclairées de rares raies vives. Pastel et pas tel qu’on l’espérait, David Mora, qui parait ne savoir se servir que de sa cape et donne l’impression d’ignorer les terrains. Le public lui rafraichit la mémoire, et lui rappelle qu’être ailleurs n’appartient qu’à José Tomas. Pastel, Ivan Fandiño, dont seule la couleur illumine des faenas, bien léchées, où il ne manque rien, hormis le désir.
Le vif était dans les toros de Valdefresnos et le troisième de Fraile Mozas. Le vif était dans la cornamenta des bichos, qui devrait permettre à nos revisteros du Sud-Ouest d’éviter de se poser des questions sur la présentation de la plupart des toros lidiés dans nos plazas ; le sexe des anges ne leur serait plus mystérieux. Le vif de la caste était tempéré par le « juste de force », la faiblesse constitutionnelles de ces magnifiques estampes.
Le public de la Monumental a démontré, une fois de plus, sa fonction de « veedor » de la fiesta, celui qui voit, signale et pointe, les comportements déviants des hommes à pied et à cheval, leurs errances dans des terrains improbables et les déficiences des toros. Une monumental gardienne de l’éthique de la corrida, seul rempart contre l’amoralisme dont on l’accuse.
Quelques puros que quelques-uns osent fumer…presque en cachette.


Madrid, dimanche 05/10/2012,
finale du concours de écoles taurines
communauté de Madrid.


Des clones et des clowns, 
ou une « non piquée » comme il faut…




Ganaderia d’El Carreton, pardon de Jandilla, d’une homogénéité évoquant Huxley et son «meilleur des mondes», tous gachos, playeros, propres sur eux jusqu’à la fadeur. Des toros qui ne «servent» pas assez leur (contre) maître et osent vomir le sang de leur bajonazo sur les zapatillas et le traje immaculé de leur matamor de matador.
Un public qui s’habitue ou se résigne, allant jusqu’à réclamer le changement du seul manso qui ne pouvait «servir» les «toreritos» ou plutôt les toreros en devenir, qui méritent quoiqu’il soit notre respect pour se mettre devant.
Bref des erales « comme il faut » pour des hommes « comme il faut », funèbrement formatés pour l’enterrement de la corrida et l’avènement d’une tauromachie « sans histoire». Des toros sur des rails, des toreros sur une autre voie, parallèle, aucun risque de rencontre, ni d’histoire commune, rien pour la passion, tout pour le raisonnable. 
Les toreros, dont deux de la Fondacion d’El Juli, paraissaient clonés, seul leur costume les distinguait. Une passe citée de face et la suite, en rond, fuera de cacho, avec le pico, mais liée, répétée jusqu’à l’ennui et conclue d’une épée au hasard des terrains. Toreros sans recours, malgré les cours. Très souvent la montera était au centre, le toro aux planches et le torero quelque part.
Nous n’étions pas au Tendido Siete mais sur le quai n°7 de la Estacion Monumental.
Matinée éclairante et éclairant d’un soleil radieux - au moins quelque chose souriait - la tauromachie d’aujourd’hui, que les marchands veulent pour demain… si nous continuons à acheter et à nous vendre?
Ne dites pas à ma mère que j’étais à un enterrement, elle me croyait à la fête de l’automne.

Madrid, dimanche 07/10/2012
corrida de feria de otoño.


Des hommes normaux 
dans l’anormalité.




Corrida de « las y de los dos ». De las dos horas de peur et d’émotion, de los dos pitones terrorificos des toros de Palha, en particulier le cinquième, irréel de cornamenta, de las dos pares de banderilles que le peon, David Adalid, a posé dans des terrains impossibles, devant ce toro impossible, faisant lever et rester debout 20 000 incrédules, de los « dos huevos » que tenian cada torero.Fernando Robleño omni-présent dans sa lidia et celle de jefe, Javier Castaño déshabillé et gracié par son premier adversaire, revenant faire le métier avec une humilité tranquille et un pundonor intemporel, Alberto Aguilar, liliputien applaudi avant de donner le toque, tant son placement était vrai, sincère.
Bref des toreros normaux, vecteurs de valeurs intemporelles, nous disant que si certains maestros ont un coût, d’autres n’ont pas de prix.


Alain Chaperon, Caperuza.



3 juin 2012

La chute d'Icare.

In vivo ou à la télé, j'ai suivi pratiquement l'intégralité du cycle madrilène. 
Côté toros beaucoup n'ont pas servi. Mais quelques-uns, oui, sans équivoque, ni réserve. 
Ce sont les hommes qui manifestement ont fait défaut dans leurs limites à se dépasser. Si Castella est le triomphateur, sans puerta grande, c'est précisément grâce au risque qu'il a pris, au-delà des frontières du prévisible. Défi lancé au destin. 
Nous attendons d'un torero, encore davantage d'une figura, cette capacité à se dépasser et pas seulement à bien ou même très bien toréer. Madrid réclame ce "plus", ce "quitte ou double", ce pari avec la mort. Madrid a su garder lyrisme et cruauté.
Le virus de la corrida contemporaine se nomme "raison": vouloir résoudre l'énigme des toros avec sa tête, uniquement sa tête et sa raison et surtout pas sa folie, son intuition, sa foi en l'inconnu. Ne pas être déraisonnable, pratiquer le risque calculé.
Triste humanité qui ne saurait plus que rêver dans les limites du possible! Finis Icare ou Christophe Colomb; et finie la tauromachie.

Il est temps, grand temps, de réapprendre l'insécurité.




29 mai 2012

Amour madrilène


Après quatre journées passées à Madrid pour la San Isidro, 
du 14 au 17 mai
quelques mots en forme d'abécédaire dans la valise aux souvenirs. 

  • A comme "ALMA HERIDA". Titre d'une expo photos de Joséphine Douet installée sous les voûtes des arènes. Consacrés aux cicatrices qui zèbrent le corps des toreros, traces des coups de cornes qui ont fouillé leurs chairs, ces clichés, cliniques parfois, sont accompagnés de courts textes, souvent intenses, des toreros photographiés. Un parcours et une interrogation sur le risque et le sens de la vie. Vaut le déplacement.
  • B comme BONHEUR. Le bonheur de se retrouver dans un Madrid toujours aussi vivant, paisible et survolté à la fois. Bonheur de s'asseoir dans ces arènes magiques, à jamais impressionnantes. Bonheur d'une nouvelle visite au Prado, revoir les Menines, El Bosco et la Gallina ciega. Et finir les soirées à Santa Ana, Lavapiès ou la Chueca. Cliché? Peut-être. Mais le bonheur de vivre en prime.
  • C comme CASTELLA. Le voilà revenu. Impressionnant d'engagement, de courage, de présence. Superbe! Sans aucun doute, Castella a frappé un grand coup. Comme un air de retour en première ligne. S'il continue dans cet élan, on va entende causer du pays!
  • D comme DOMECQ. Sont-ils critiqués ces Domecq! Et pourtant, il y a Domecq et Domecq et certains ne manquent ni de bravoure ni de caste. Tous les toros madrilènes de ces quatre jours étaient d'origine Domecq. Si la plupart manquèrent pour le moins de grandeur, affichant une médiocrité trop fréquente, quelques uns furent intéressants. Attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain et se méfier des a priori aveuglés. À aficionado, aficionado et demi...
  • F comme FIGURAS. Belle démonstration d'engagement des figuras devant les toros encastés (mais oui!) de Victoriano del Rio. Manzanares se battit avec son second et Talavante ne fut pas en reste d'entrega. Quand à Castella, déjà évoqué plus haut, il était venu pour se la jouer. Ce qu'il fit, blessure à la clé. Une combativité de nos vedettes qui prouve qu'ils se grandiraient à se mesurer plus souvent à des toros qui résistent à leur tauromachie pré mâchée.
  • F comme FANDIÑO. Bon, allez, le torero basque en a, le prouve et coupe l'oreille. Beaucoup de technique également et du savoir faire. Il n'est pas mon idéal mais reconnaissons la valeur et la force de son toreo. Le toro n'était pas commode, beaucoup s'y seraient cassés les dents. Fandiño s'en tire avec une oreille de poids. Chapeau!
  • G comme GONZALO CABALLERO. Petit novillero, peu expérimenté, mais, mais, mais, mais... il sait que, dans une arène, ce qui a de l'importance se fait lentement. Une oreille de reconnaissance et d'encouragement. Si les petits cochons...
  • H comme HUMOUR. Sur les gradins du soleil à Las Ventas, on s'amuse. Plaisanteries, bonne humeur, casse-croûte et rencontres faciles. Un art de vivre convivial et chaleureux. Et même quand on gueule, qu'on s'engueule, les rires fusent. Alegria!
  • I comme INDIGNÉS. Tous les soirs, rassemblement à la Puerta del Sol. Contre l'austérité, la misère, l'ultra-libéralisme, son consumérisme effréné et ses privilégiés. L'Espagne du commun des mortels, l'Espagne de la rue, souffre, le montre, se pose des questions et se révolte. On passe devant les centaines d'indignés réunis tous les soirs au centre emblématique de la ville et tous les soirs, on s'attarde, on écoute les forums improvisés et on se prend à rêver d'un monde différent et meilleur. La Porte du Soleil...
  • J comme JEUNESSE. De nombreux trentenaires sur les gradins. Aficionados certains, simplement "de sortie" beaucoup d'autres. On va à Las Ventas en couple, jeunes et rigolards, on savoure les plaisanteries folklos des vieux, on boit du coca et on grignote des pipas. Si le torero est bon, on l'applaudit sans réserve; quand on s'ennuie on envoie des textos.
  • L comme LAS VENTAS. Quelle arène! Chaque jour, en pénétrant sur le tendido, le même choc. On est impressionné par les dimensions imposantes, la hauteur surtout, et la mémoire qui s'en dégage. Une cathédrale, un Centre, nombril du monde taurin. Non, Las Ventas ne change pas. Si vous le pouvez, faîtes-y le voyage. Vous n'y verrez peut-être pas de grandes corridas mais vous y retrouverez la tauromachie intacte. 


  • M comme MUCHA GENTE. Des prix de places très abordables expliquent sans aucun doute le très fort taux de remplissage des arènes. La corrida reste ce spectacle populaire qu'il a cessé d'être dans de nombreuses villes d'Espagne et de France.
  • N comme NAUFRAGES. Conchi Rios et Julio Aparicio à la dérive. Mêmes raisons: la peur, le manque de confiance, les limites physiques. Pénible.
  • P comme POLICIA. Beaucoup de policiers dans les rues. Déploiement de force. L'Espagne des puissants, sur le qui-vive, veille au grain. Bien malin qui peut savoir comment cela va tourner. Comme une odeur de lacrymos...
  • R comme RESCAPÉ. Un banderillero en bout de course s'écrase contre la barrière, tombe au sol, évitant ainsi la corne qui frappe le bois de plein fouet et se casse sous la violence du choc. Pendant quelques minutes les toreros, choqués, paniquent et perdent les papiers: glissades, désarmés, on frôle la cornada plusieurs fois. Puis cela se calme et la tornade s'éloigne. La mort est passée et s'en est allée, bredouille. 
  • T comme TENDIDO 7. Passons rapidement sur l'intégrisme nauséabond des gueulards du siete. Ils ont tout de même réussi à pourrir le cartel vedette de ces journées. Pour Manzanares et Talavante ce fut un sabotage en règle. Castella s'en est mieux tiré... au prix de son sang. Quand aux toros de Victoriano del Rio, ils étaient condamnés d'avance malgré leur belle présentation et leur caste. Stupides!
J'aime Madrid. 
J'aime Las Ventas. 
J'y retrouve, comme à une source pure, 
l'essence de la tauromachie.
Au-delà des vicissitudes et des turpitudes d'aujourd'hui
Madrid demeure le lieu privilégié et fondateur de mon aficion.

25 octobre 2011

Madrid perd Antoñete

La mort d'Antoñete témoigne de l'intense relation fusionnelle, que les années n'ont pas altérée, entre le torero et Madrid : cette chapelle ardente dressée dans les arènes même de Las Ventas, la sortie du cercueil par la Puerta Grande aux cris de "¡Torero, torero!"... 
Curro Romero et Séville, Jose Tomas et Barcelone, Antoñete et Madrid... Comment un matador devient-il l'amant d'une ville entière, rendue à ses pieds pour la vie? Au point même de l'incarner: Antonio Chenel ressemble à Madrid, on croise ses clones dans les vieux quartiers de la capitale, tout comme J.T. porte la "branchitude" rebelle des catalans et Curro l'impassibilité inspirée des sultans et des flamencos.
Leurs figures totémiques protègent, à l'égal des dieux. Ils ont vaincus la mort dans l'arène et nos cités inquiètes trouvent refuge dans leur ombre tutélaire. Antoñete parti, voilà Madrid livrée à la crise et à la cruauté de l'époque.
Les toreros, quand ils savent se hisser à ces hauteurs, semblent des esprits protecteurs de nos temps. Si un jour ils disparaissaient, le ciel serait, tout à coup, un peu plus vide.