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14 août 2012

Modes et travaux sur un air de Riviera


Le lundi 13 août 2012, entre 18h et 20h10, six toros de Nuñez del Cuvillo furent toréés et mis à mort par Morante de la Puebla, El Juli et Alejandro Talavante, à l'occasion de la seconde corrida de la Semana Grande de Saint-Sébastien.

Les arènes d'Illumbe, improbable wok coincé entre complexe cinématographique et équipements sportifs, savent l'art et la manière de faire glisser la corrida vers le loisir taurin. 
Ici tout est adouci. À commencer par les bérets et ceintures bleu-ciel du personnel de piste évoquant la lumineuse douceur océane toute proche, en passant par les sièges individuels tout aussi maritimes, pour finir avec les accents d'orphéon de ville thermale de l'Harmonie municipale. Même les places au soleil sont protégées des rayons par la courtoise demi-fermeture du toit ouvrant.


En ce tout début de semaine et de feria, une bourgeoisie de station balnéaire huppée, au milieu de laquelle on entend souvent parler français, remplit une demi arène. Le cartel de luxe, ici comme ailleurs, ne suffit pas à attirer la grande foule. Les figuras ne font plus le plein, à l'exception de Jose Tomas. On le sait. Mais on a du mal à s'y faire. Surtout dans une ville ou la municipalité, estampillée Bildu, rêve de nettoyer le périmètre basque d'une pratique qui, bien qu'ancestrale, symbolise l'Espagne et sa fiesta nacional. Air connu qui laisse bien mal augurer de l'avenir.
Nous avions donc fait le déplacement un peu pour le militantisme de soutien à cette arène menacée et beaucoup pour Morante. Même élevage que l'an dernier à Bilbao.
Bien sûr, il y avait Juli que j'avais décidé d'éviter cette année. Bon, a ver. J'ai vu là est un torero de toute évidence sur les nerfs, surexcité, exagérément énergique. Toréant le public bien plus que le toro. Surchauffé. Crispé, fatigué, revanchard. Régressant à une hargne que l'on croyait dominée... Il a coupé trois oreilles en carton pâte, suite à un numéro de dressage, de mise au pas, fort en gueule et autoritaire. Un grand savoir faire et un rachitique savoir être. Au vert, Julian, au vert! Repos, distance, recul. Et ça nous fera des vacances à nous aussi, un bol d'air quand la tauromachie a besoin de savoir où elle en est, à l'abri des démonstrations de force et des roulements de biceps.
Talavante m'a paru à côté de lui-même. Sans conduite, plutôt opportuniste, plus préoccupé à satisfaire ce public de Concha d'un potage instantané vite fait mal fait, qu'à mitonner sa propre tauromachie. Dans l'anticipation et une précipitation qui a manqué lui coûter cher (voltereta). Devrait surveiller ses fréquentations...
Quand aux toros de Cuvillo, bien roulés, faibles à très faibles pour la plupart, candidats à la mono-pique voire pas de pique du tout, trois d'entre eux offrirent un jeu sans relief, en un mot sans intérêt.  Les trois restants, plus combatifs, firent illusion; il est vrai qu'ils ne furent pratiquement pas piqués. La révolte de quelques siffleurs fut accueillie par le conclave avec étonnement et même parfois avec un brin d'agacement. 
Un bétail pullman, pour une arène grand confort et deux toreros en trompe l'oeil. Quand au public, ravi des molinetes et des chicuelinas, rassasié de circulaires inversées, cambios, par devant, par derrière, dessus et dessous, il s'en alla déguster quelques tapas sur le port, avant d'assister au feu d'artifice et clôturer cette agréable et festive journée par le sommeil du juste. Dans le kiosque de leurs rêves, les échos de l'Harmonie municipale résonnèrent longtemps, en particulier le claquement boisé et si bienvenu des castagnettes... avant que Bildu ne les interdise, bien entendu.


Tout aurait pu s'arrêter là. 

Mais, mais, mais, mais... la messe n'était pas dite.... 
Morante!
Inattendu Morante! Une nouvelle fois son art surgit et s'imposa alors qu'on ne l'attendait plus.
On avait remarqué, dès le début de la course, qu'il était décidé. 
Au premier, après une superbe réception à la cape, le reste fut gâché par la grande faiblesse du toro.
La cape, au quatrième, resta discrète. C'est à la muleta que le torero prit toute sa mesure. Au fil de la première partie, il s'imposa à l'animal, dans une tauromachie enracinée et engagée. Dans la seconde moitié, Morante fut véritablement inspiré, d'un accord rythmique supérieur avec le toro, jusqu'à un abandon du corps qui est la marque des seuls grands artistes.
Une tauromachie essentielle, bien différente de tout ce que nous avons vu ce jour-là et dont je reste à penser qu'elle est la source même.
Une faena qui peut lui faire retrouver, en cette seconde partie de saison, la place qui doit être la sienne. 


1 commentaire:

  1. Belle relation de voyage. Morante est peut-être le dernier titan.

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